Interview de François FAURE, Président et co-fondateur d'Anatoscope

itw-note7_anastoscope

Interview de François FAURE,
Président et co-fondateur d’Anatoscope

Grenoble est un territoire intéressant, déjà par notre lien avec Ottobock (Chabloz orthopédie), mais aussi parce que c’est un superbe bassin de recrutement. Grâce aux instituts d’enseignement et de recherche au plus haut niveau comme l’UGA, Grenoble INP, INRIA et le CNRS, nous recevons de très bons candidats. Au départ, je pensais équilibrer nos deux sites de Grenoble et Montpellier, mais de fait nous avons plus recruté à Grenoble.
La proximité des laboratoires scientifiques est un atout : on peut monter des études avec l’INRIA, le laboratoire TIMC, le Laboratoire d’Anatomie des Alpes Française (LADAF) du CHU de Grenoble. Le pôle de compétitivité Minalogic nous met en lien avec des partenaires qui nous aident à polir nos dossiers de demandes d’aides diverses. Inovallée nous soutient également …

Vous avez fondé Anatoscope en 2015 : quel a été votre parcours et comment a débuté l’ « aventure Anatoscope » ?

Jusqu’en 2015 j’étais professeur d’informatique à l’Université Joseph Fourier et chercheur à l’INRIA dans la simulation mécanique du monde virtuel. Avec d’autres chercheurs, nous faisions de la simulation médicale interactive, c’est-à-dire que l’on simulait en temps réel une opération chirurgicale. Je cherchais plus précisément à réaliser, non pas des simulations d’organes génériques mais des simulations personnalisées à partir de l’imagerie en coupe d’un patient. Aujourd’hui, on parle de la création de jumeaux numériques de patient d’après imagerie.
L’imagerie classique ne donne pas toute l’information nécessaire au médecin, notamment certaines structures fines n’apparaissent pas à l’image comme les ligaments ou encore certains nerfs, or ces éléments sont essentiels. Avec le Pr. Palombi, professeur d’anatomie et neurochirurgien au CHU de Grenoble, nous avons créé une maquette anatomique détaillée d’un patient générique et construit une méthode pour transférer ces connaissances sur des patients afin de créer des modèles détaillés et personnalisés.
Persuadé de l’utilité de toute cette recherche pour le monde médical, j‘ai également pris conscience de la difficulté de transmettre ses résultats aux industriels. C’est un long travail, avec des problématiques de calendrier du côté des industriels, d’intégration de méthodes novatrices mais aussi des questions sur les débouchés.
J’ai donc porté le projet de création d’une startup et avec quatre collègues chercheurs (Frederick Van Meer, docteur en robotique, Olivier Palombi, neurochirurgien et professeur d’anatomie, Benjamin Gilles, chercheur au CNRS, et Matthieu Nesme, docteur en simulation numérique) nous avons fondé en 2015 Anatoscope.
Notre premier objectif était faciliter la communication patient-médecin, en permettant au patient une vision très concrète et personnalisé de son problème de santé. Finalement, cette voie s’est avérée être une fausse piste, puisqu’il n’existait pas de marché pour ce service. On s’est réorienté vers le marché des prothésistes dentaire et orthopédique pour les aider à concevoir des traitements personnalisés.

Les techniques de moulages ou sculptures pour créer des appareillages fonctionnent mais ne sont pas très précises et nécessitent un très long apprentissage. Sur la bassin grenoblois, Chabloz Orthopédie, spécialisée dans les prothèses, les orthèses et l’appareillage sur mesure, a été particulièrement réceptif à notre produit innovant car cette société était déjà très impliquée dans la recherche et développement. Et dans le domaine dentaire, nous avons eu dès 2015 le support de Biotech Dental localisé à Salon de Provence. Nous avons trouvé des clients avant de trouver des investisseurs et c’est ce qui nous a permis de progresser sans se diluer.


Le développement de l’entreprise a t’il été progressif ou fulgurant ?

Notre activité a connu un développement progressif, la fulgurance a été de signer avec des industriels, qui ont installé une stabilité financière donc une certaine sécurité pour Anatoscope, mais aussi une capacité à embaucher.
Anatoscope a choisi un modèle de développement original en s’appuyant sur une technologie déclinée dans plusieurs domaines et en créant des filiales en partenariat avec des industriels. Circle dental est l’une de ces filiales, commune avec Biotech Dental, société avec qui nous étions en contact dès la création de la startup. Aujourd’hui c’est l’activité la plus importante de notre entreprise. Copopsa est notre seconde filiale, spécialisée dans l’orthopédie et partenaire d’Ottobock, maison mère de Chabloz Orthopédie et leader mondial d’orthopédie externe. Nous sommes en train de créer notre troisième filiale, Capteo, pour commercialiser une autre invention, le capteur AnatoLog qui mesure la pression appliquée par un appareillage médical sur le corps du patient.
9 ans après sa création, je considère qu’Anatoscope est encore une startup puisque nous n’avons pas encore atteint le seuil de rentabilité dans toutes nos activités. Aujourd’hui, l’ensemble du groupe emploie une soixantaine de personnes dont les deux-tiers à Grenoble, environ 35 travaillent chez Circle dental, 8 chez Copopsa, et le reste dans Anatoscope. Ce sont essentiellement des développeurs informatiques orientés R&D, donc des ingénieurs ou des docteurs quasi exclusivement.

 

Etes-vous présents à l’international ?

Sur l’activité orthopédie, nos produits présents en Europe et aux USA. Dans le dentaire uniquement France. Notre nouveau produit Anatolog est vendu dans une dizaine de pays, l’assemblage et la calibration des capteurs étant réalisés à Montpellier.

 

Quelle est l’innovation de votre récent produit Anatolog ?

Le système AnatoLog est composé de capteurs de pression et d’un logiciel qui permet de visualiser l’évolution des pressions au sein d’un appareillage.
Grâce aux capteurs positionnés sur différents points anatomiques, le logiciel transmet au personnel médical des informations objectives sur les pressions exercées par un appareillage sur le corps. C’est complémentaire aux retours subjectifs des patients.
Cette technologie est par exemple utilisée pour le traitement de la plagiocéphalie des crânes de bébé. Le système AnatoLog permet de vérifier que le casque orthopédique sur mesure appliquera précisément la bonne pression pour corriger la déformation sans blesser le bébé.


Vos technologies innovantes sont-elles uniques ?

Sur le versant dentaire, notre outil de simulation biomécanique a deux avantages majeurs et uniques.
Tout d’abord, il calcule précisément la position d’occlusion des arcades dentaires, ce qui permet de concevoir des prothèses assurant une répartition harmonieuse des pressions de contact et une imbrication parfaite des dents entre les deux arcades supérieures et inférieures.
Ensuite, il permet un essayage virtuel du traitement pour validation de la prothèse, avant de l’appliquer à l’être humain. Les méthodes classiques de moulage ou les logiciels classiques d’imagerie ne permettent pas ce niveau de précision.
En conception orthopédique, nos modèles anatomiques sont les seuls qui permettent de repositionner précisément le patient virtuel dans la configuration thérapeutique, pour une forme optimale. De plus, nos méthodes numériques avancées permettent de trouver facilement les compromis optimaux entre des contraintes antagonistes.
Dans les capteurs, nous avons des concurrents en podologie mais sans marquage CE. De plus, nos capteurs sont les seuls positionnables en plusieurs points précis sur le corps du patient. Le seul équivalent est un capteur pneumatique avec manomètre, mais avec un seul point de mesure et ne permettant pas d’enregistrements dynamiques. Nos capteurs marquent une nouvelle génération, versatile et connectée.

 

Quels sont vos liens avec l’écosystème grenoblois ?

Grenoble est un territoire intéressant, déjà par notre lien avec Ottobock (Chabloz orthopédie), mais aussi parce que c’est un superbe bassin de recrutement. Grâce aux instituts d’enseignement et de recherche au plus haut niveau comme l’UGA, Grenoble INP, INRIA et le CNRS, nous recevons de très bons candidats. Au départ, je pensais équilibrer nos deux sites de Grenoble et Montpellier, mais de fait nous avons plus recruté à Grenoble.
La proximité des laboratoires scientifiques est un atout : on peut monter des études avec l’INRIA, le laboratoire TIMC, le Laboratoire d’Anatomie des Alpes Française (LADAF) du CHU de Grenoble. Le pôle de compétitivité Minalogic nous met en lien avec des partenaires qui nous aident à polir nos dossiers de demandes d’aides diverses. Inovallée nous soutient également : pour Anatolog par exemple nous avons reçu des formations et des prestations de démarchage commercial qui ont eu lieu en 2023 et c’était très productif.

BIOGRAPHIE

François FAURE a effectué un parcours scientifique à l’Université Grenoble Alpes, au CNRS et à l’INRIA. Professeur des Universités en Informatique, agrégé de Mécanique de l’ENS de Cachan, ses travaux de recherche ont porté sur l’interaction mécanique dans les mondes virtuels, la modélisation efficace du contact, et la simulation biomécanique à partir d’imagerie. Il est architecte du logiciel SOFA, plate-forme open-source de référence pour la simulation chirurgicale. En 2015, il a fondé Anatoscope avec des collègues chercheurs, pour la mise au point numérique de traitements médicaux personnalisés à l’aide de jumeaux numériques des patients.